Conseils et astuces

Créé par : L'équipe Solidatech

1 février 2023

Quelques éléments de définition et de contexte

Transition écologique et sobriété

Aujourd’hui, nous faisons face à un certain nombre de défis à la fois sociaux et environnementaux face auxquels engager une transition écologique et solidaire semble indispensable. Un des leviers de cette transition est la sobriété, c’est-à-dire l’évolution vers une société de la « juste quantité », qui répond aux besoins sociaux, dans une perspective de justice sociale, et aux enjeux environnementaux. Il s’agit de questionner nos comportements, nos pratiques et nos consommations pour privilégier les usages et les consommations nécessaires, et limiter les consommations futiles et les pratiques néfastes. Cette dynamique, à la fois collective et individuelle, peut être appliquée à tous les domaines de la société, notamment au numérique.

Les enjeux spécifiques au numérique

La sobriété appliquée au numérique vise donc à réduire l’impact social et environnemental du numérique. Cela concerne autant les aspects matériels (ordinateurs, téléphones...) que nos pratiques associées à ces objets (stockage de données, streaming...).

Contrairement à ce que l’on peut croire, le numérique n’est pas immatériel. L’ensemble des données sont aujourd’hui stockées sur 34 milliards d’ordinateurs et smartphones, mais aussi sur 3 millions de datacenters à travers le monde (selon l'étude du GreenIT). Pour faire transiter ces données d’un point A vers un point B, des milliers de kilomètres de câbles sous-marins sont utilisés. À ce jour, l’empreinte environnementale du numérique équivaut à 2 à 3 fois celle de la France et 3,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (le double de l’aviation civile). Selon le rapport de la mission d’information sur l’empreinte environnementale du numérique, si rien n’est fait, le numérique représentera, en 2040, 7% des émissions de GES en France (contre 2% aujourd’hui).

L’enjeu ne se limite pas à la réduction des impacts environnementaux [du numérique] mais aussi à son usage raisonné : c’est désormais une question de résilience pour l’humanité. Nous sommes à l’heure du choix : souhaite-t-on augmenter indéfiniment la taille des télévisions ou plutôt réserver les dernières capacités numériques pour construire un avenir viable ? 

- Frédéric Bordage, expert indépendant et auteur de l’étude du GreenIT

L’impact environnemental du numérique

La « pollution numérique », c’est l’ensemble des impacts engendrés par les nouvelles technologies tout au long de leur cycle de vie (Greenpeace). Or le numérique, c’est 34 milliards d’équipements informatiques dans le monde, 40 smartphones sont achetés chaque seconde... (Pollution numérique : du clic au déclic). Et tout cela pèse un poids considérable sur l’environnement.

Les équipements numériques : de la fabrication à la fin de vie, des impacts conséquents

La phase de fabrication des équipements représente à elle seule 75% des émissions de gaz à effet de serre liées au numérique. C’est la phase la plus impactante pour l’environnement, en raison de :

  • L’extraction des minerais, notamment pour la fabrication des écrans et puces de téléphone, qui requiert l’utilisation de produits toxiques très polluants et de beaucoup d’eau, ainsi que des processus produisant de nombreux impacts en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, ces minerais sont des ressources abiotiques, c’est-à-dire naturelles et non renouvelables, qui mettent des milliards d’années à se reconstituer. Or la consommation de ressources abiotiques a doublé depuis 20 ans, notamment à cause du numérique, et elles pourraient donc s’épuiser en seulement quelques décennies (GreenIT).
  • Des processus de fabrication et des transports liés à la production de ces équipements : à titre d’exemple, un smartphone fait l’équivalent de 4 tours du monde lors de sa fabrication (FNE / Ademe).

Les conséquences environnementales sont nombreuses : pollution et acidification de l’eau, destruction des milieux, pollution de l’air et des sols, émission de gaz à effets de serre... 
À ces conséquences environnementales s’ajoutent des impacts sociaux et sanitaires - notamment en raison des contaminations toxiques et de la présence de métaux lourds (apparition de cas de saturnisme au Pérou, FNE) - du bafouement des droits humains, des conditions de travail désastreuses et des conflits qui résultent de ce commerce (conflits autour du « minerais du sang » en République Démocratique du Congo, où 40 000 enfants travaillent dans les mines de coltan - GreenIT).
En France, on parle d’impacts « importés » car la fabrication des équipements se fait à l’étranger, dans des pays qui subissent de plein fouet les conséquences sociales et environnementales de la fabrication des équipements utilisés dans les pays occidentaux.

Malheureusement :

  • Nous consommons (et donc produisons) toujours plus d’équipements : l’obsolescence de plus en plus rapide de nos équipements ainsi que la tendance à la surconsommation, entretenue par les effets de mode et incitations commerciales, font aussi peser de lourdes contraintes sur l’environnement. À titre d’exemple, aujourd’hui on change de smartphone environ tous les 2 ans et 88% des français en changent alors que l’ancien fonctionne encore (FNE / Ademe). En France, nous possédons en moyenne 8 équipements numériques par personne (hors professionnel) et entre 2010 et 2025, le nombre d’objets connectés dans le monde devrait être multiplié par 48 et la taille des écrans par deux (GreenIT).
  • Nos équipements sont toujours plus impactants, en raison de la complexification des équipements et de l’augmentation de la dématérialisation. Aujourd’hui, nous vivons dans un paradoxe : plus on « dématérialise », plus on utilise de matières ! 70 matériaux dont 50 métaux sont nécessaires pour fabriquer un smartphone (FNE / Ademe). Et plus on miniaturise et complexifie les composants, plus on alourdit leur impact sur l'environnement.

En termes de déchets, chaque année, 50 millions de tonnes de déchets d’équipements électroniques et électriques (DEEE) sont jetés, parmi lesquels 400 millions de smartphones et 35 millions de PC. Et les européens sont les plus gros producteurs de DEEE par habitant.
Les DEEE sont considérés comme des déchets dangereux en raison de leur composition, notamment des matières chimiques qui les composent. De fait, leur recyclage est difficile et leur décomposition n’est pas anodine. Malgré cela, moins de 50% des DEEE sont collectés en France et seulement 17% à l’échelle mondiale. En raison de cette mauvaise gestion et du manque de tri, une partie des déchets sont exportés illégalement en Afrique, Amérique du Sud ou en Asie, dans d’immenses décharges sauvages dont les conséquences environnementales et sociales sont considérables : toxicité des matériaux, risques sanitaires liés aux métaux lourds, pollutions de l’eau et des sols, marchés illégaux...

L’utilisation et les pratiques numériques : des impacts environnementaux parfois méconnus

Bien que la fabrication soit la phase la plus impactante, l’utilisation que nous faisons de ces équipements produit aussi des impacts sur l’environnement non négligeables.
En effet, l’utilisation des réseaux n’est pas neutre : leur fonctionnement demande beaucoup d’électricité, et l'activité et le refroidissement des data centers consomme de l’électricité, des énergies - parfois fossiles - et beaucoup d’eau.

Exemple : Les 800 datacenters implantés en Californie nécessitent, annuellement, pour fonctionner, la même quantité d’eau que l’équivalent de 158 000 piscines olympiques. - "Réparer le futur : Du numérique à l'écologie" d'Inès Leonarduzzi.

Or aujourd’hui, on constate un usage exponentiel d’internet et des réseaux : en 2018, on comptait 1 million de nouveaux internautes par jour, et notre consommation de données a été multipliée par 30 en 10 ans, avec des pages web 10 fois plus lourdes. Cette consommation continue d’augmenter avec des vidéos toujours pour lourdes, une multiplication du nombre de mails envoyés par jour, la généralisation de la 4G (et maintenant de la 5G) et le développement des jeux en streaming.

Exemples : Envoyer un email consommerait autant qu’une ampoule allumée 25 minutes. La vidéo Gangnam Style, visionnée 2,7 milliards de fois sur la planète, aurait induit une demande d’électricité équivalente à la consommation annuelle d'une petite centrale nucléaire (Pollution numérique : du clic au déclic).

Le développement du numérique et la démocratisation d’internet ont aussi favorisés de nouvelles façons de consommer, et créés de nouveaux impacts : streaming vidéo plutôt que télévision ou cinéma, achats en ligne plutôt qu’en magasin...

Exemple : Les conséquences environnementales du e-commerce (FNE) : artificialisation des sols pour construire des entrepôts logistiques ; transport aérien et routier des produits (le transport des produits achetés par le e-commerce représente 22% des émissions de gaz à effet de serre du secteur du transport), pour une livraison toujours plus rapide et toujours plus proche, et multiplié par les nombreux retours de produits et échecs de livraisons ; doublement voire triplement du volume d’emballage par rapport aux achats en boutiques ; de nombreux transferts de données nécessaires pour le choix, l’achat et le suivi des produits ; distanciation relationnelle entre le vendeur et l’acheteur, précarisation et disparition de certains emplois locaux.

 

>> Lire la suite : La sobriété numérique (2/2) : comment réduire son impact environnemental ?

Un article issu du dossier "La sobriété numérique dans l’accompagnement des structures de l’ESS" réalisé par le CRDLA Transition écologique et solidaire (co-porté par Réseau CPIE et France nature environnement) et le CRDLA Numérique (co-porté par Solidatech et Le Mouvement Associatif), à retrouver dans son intégralité ici.